Khash (soupe de pieds de bœuf)
Il faut se lever tôt pour apprécier le khash. Très tôt. Car cette soupe épaisse et puissante, mijotée pendant toute la nuit, est servie à l’aube, quand les rues sont encore vides et que le froid pince les joues. Autrefois, c’était un plat de nécessité. Rien n’était gaspillé, et les pieds de bœuf, peu prisés, devenaient la base d’un bouillon nutritif, longuement mijoté pour en tirer toute la substance. Nettoyés avec soin, blanchis, puis cuits des heures durant, les os, les tendons et la moelle donnaient naissance à une soupe d’une richesse inégalée.
Mais le khash ne se mangeait pas seul. Il fallait le pain — toujours du pain fin, qu’on déchire à la main et qu’on laisse fondre dans le liquide fumant. Il fallait aussi l’ail, pilé sans retenue, et le sel, ajouté à la dernière minute par chacun, selon son goût. Le repas, autrefois modeste, a traversé les siècles. Il est devenu un événement, presque un prétexte. On se retrouve entre amis ou voisins avant le lever du jour, on trinque, on discute, on rit fort, et l’on déguste en silence ces bols brûlants qui réveillent l’estomac comme le cœur.
Plus qu’un plat, le khash raconte une histoire d’endurance, de simplicité, et de rituels anciens qui résistent au temps — une soupe que l’on respecte autant qu’on la savoure.